Nichée au cœur du Pays d’Auge, dans le département du Calvados (Normandie), la commune des Monceaux s’étend sur 3,72 km² de paysages vallonnés et verdoyants. Elle culmine entre 104 et 176 mètres d’altitude, traversée par de petits ruisseaux qui irriguent ses terres agricoles. Avec une population de 211 habitants en 2022, ( à revoir) soit une densité d’environ 57 habitants par km², Les Monceaux incarnent un habitat rural dispersé, typique de la région. Le climat océanique, doux et humide, façonne un environnement propice à l’élevage et à la culture. Limitrophe de communes comme La Houblonnière, Saint-Pierre-des-Ifs et Le Mesnil-Simon, elle offre un cadre de vie paisible, marqué par une forte empreinte agricole et un patrimoine naturel préservé.
Découvrez l’évolution de notre commune, depuis ses origines jusqu’à nos jours, au travers des différentes sources d’informations mises à votre disposition. Plongez dans les événements marquants, les figures historiques, les domaines réputés et les moments qui ont façonné notre territoire et ses habitants. Ce voyage dans le temps vous invite à redécouvrir Les Monceaux sous un nouvel éclairage, entre mémoire locale et héritage universel.
Aux origines (1204 – 1244)
En 1204, Pierre de Tilly, fidèle à Philippe Auguste contre Jean sans Terre, se voit attribuer plusieurs terres confisquées aux partisans anglais : Saint‑Loup‑de‑Fribois, Mesnil‑Mauger, Bailleul‑la‑Campagne, Barneville. Il fonde alors le prieuré Notre‑Dame de Fribois, donné à l’abbaye de Sainte‑Barbe‑en‑Auge. En 1244, son fils Richard de Tilly offre ses biens du « fief des charpentiers » (Moncellis) à cette abbaye pour y établir la paroisse Saint‑Michel.
Lien avec l’abbaye de Sainte Barbe en Auge (XIIIᵉ siècle – Révolution)
L’abbaye prospère grâce à des transactions comme la vente de redevances par Nicolas de Tilly en 1252. La paroisse reste un prieuré‑cure, desservi par un religieux augustin. Les prêtres séculiers qui y accèdent doivent prendre l’habit, obligation parfois contournée (1725).
Vie quotidienne
Le prieur curé gère terres et bâtiments agricoles, vastes par rapport aux presbytères normands habituels. Avec le vicaire, deux domestiques, et des journaliers saisonniers, l’exploitation mêle vie religieuse et activité agricole.
Déclin et mémoire retrouvée
Dès le milieu du XVIIIᵉ siècle, la mise en herbe des terres réduit les revenus. La Révolution met fin au système.
Le haras Strassburger (XXᵉ siècle)
En 1925, Ralph Beaver Strassburger, milliardaire américain, fonde un haras aux Monceaux. Le domaine inclut jardins, court de tennis, potager et une champignonnière dans une grotte calcaire. Restée cachée pendant des décennies, cette grotte a été redécouverte récemment ; elle avait aussi servi d’abri pendant la Seconde Guerre mondiale.
Entre le cimetière et le Haras des Monceaux, une grotte révèle un passé discret mais riche. Refuge pendant la guerre et longtemps dissimulée sous le terrain du presbytère voisin, elle a traversé les époques au rythme de la vie du domaine et du village. Redécouverte fortuitement au début des années 2010, elle s’impose aujourd’hui comme un petit patrimoine local, chargé d’histoires.
Une ancienne champignonnière
Creusée dans le calcaire blanc, la grotte présente de petits trous carrés disposés à intervalles réguliers. Ces cavités auraient autrefois servi à soutenir les clayettes destinées à la culture de champignons de Paris. Les jardiniers du Haras utilisaient ces champignons frais pour la cuisine du domaine, qui comptait alors plusieurs maisons et familles.
Une redécouverte fortuite au pied du presbytère
Longtemps oubliée et invisible depuis le cimetière, la grotte fut redécouverte à la suite de l’effondrement d’un mur mitoyen. Le terrain situé au-dessus, où se trouve le presbytère, appartenait alors à M. Alain Spaey, qui l’avait acquis auprès de M. Larousse, lui-même acheteur auprès des propriétaires du Haras des Monceaux. Installé ensuite en Chine, M. Spaey mit le presbytère en vente, et le bien trouva un nouvel acquéreur.
De 1924 jusqu’à la première vente à M. Larousse, le Haras logeait des jardiniers au presbytère, alors divisé en deux logements. Une serre y avait été construite pour préparer les fleurs destinées au parc.
Le témoignage de M. Michel Corblin, né aux Monceaux et ancien jardinier du Haras, rappelle l’importance de cette activité horticole : plusieurs dizaines de jardiniers entretenaient de vastes massifs fleuris et un potager qui fournissait légumes et produits frais à l’ensemble du domaine.
En 2012, le mur situé devant la grotte fut reconstruit et l’entrée, auparavant bouchée, fut rouverte. Cette redécouverte a ravivé les souvenirs des anciens du village, qui se rappellent que des enfants y jouaient encore jusque dans les années 1960.
Un abri pendant la guerre.
Durant la Seconde Guerre mondiale, cette grotte, tout comme celles situées en contrebas de l’église, servit d’abri aux habitants lors des bombardements. On y trouvait refuge pour se réchauffer, cuisiner et se protéger des obus. Ces espaces troglodytiques, pourtant modestes, jouèrent alors un rôle vital pour les familles du village.
Ce rôle de sanctuaire improvisé confère aujourd’hui à la grotte une valeur mémorielle particulière. Discrète, presque cachée dans le paysage, elle demeure profondément ancrée dans l’histoire locale et dans les souvenirs transmis par les anciens.
Les cavités aux Monceaux
Utilisation constructiveAux Monceaux, les cavités rocheuses ont été exploitées pour la construction et la restauration de bâtiments emblématiques comme l’église Saint-Michel et le presbytère. La craie tendre extraite localement servait aussi d’amendement agricole, épandue sur les cultures par les agriculteurs.En août 1944, la commune des Monceaux fut libérée par la 51st Highland Infantry Division, unité écossaise commandée par le Major General Thomas Gordon Rennie. Après avoir atteint le cours d’eau de la Vie le 18 août, les troupes durent affronter un terrain difficile : les vallées boisées du Pays d’Auge ralentissaient la progression des blindés et favorisaient les défenses allemandes.
Dans la nuit du 19 au 20 août, après la libération de Saint-Julien-le-Faucon, la division arriva par la route de Lessard-et-Le-Chêne. Trois jours de bombardements avaient précédé leur arrivée, mais les habitants, réfugiés dans les grottes locales, furent épargnés. Des combats eurent lieu au carrefour de la Corne, où un char anglais fut détruit. La riposte fut rapide : les Écossais neutralisèrent la batterie allemande et progressèrent dans le village.
Le 5/7th Gordon Highlanders, installé au château de Granchamp, s’engagea vers Lécaude, tandis que le 1st Gordon Highlanders, posté à la butte de la Hunière, facilita l’avancée vers La Forge Vallée. Le village fut traversé avant que les troupes ne rejoignent la route de Lisieux, objectif stratégique libéré le 23 août.
Une stèle pour la mémoire
La stèle commémorative, inaugurée en 2014 à côté de la mairie, rend hommage à ces libérateurs. Elle porte le monogramme HD de la division. Lors de la cérémonie du 70e anniversaire, le vétéran écossais Tom Renouf, membre des Black Watch, fut invité à dévoiler la plaque. Ému, il évoqua ses frères d’armes et son arrivée dans la région. Ce moment fort a marqué les habitants et les élus, venus nombreux pour honorer cette page d’histoire locale.
Les petites mairies du Pays d’Auge et l’exemple des Monceaux
1. Un enracinement ancien de l’administration locale
Dans les campagnes françaises, l’identification des habitants commence bien avant l’existence des mairies. Dès le XVIᵉ siècle, l’Église tient les registres de baptêmes, mariages et sépultures, rendus obligatoires par les ordonnances de Villers‑Cotterêts (1539) et de Blois (1579). Ces documents constituent longtemps la seule preuve officielle de l’état des personnes.
Avec la Révolution, en 1792, l’état civil devient une compétence de l’administration civile. Pourtant, au début du XIXᵉ siècle, les registres restent souvent incomplets ou mal conservés, notamment dans les petites communes rurales où la reconnaissance visuelle suffit encore à identifier les habitants.
2. Avant 1884 : des mairies sans bâtiment
Jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, beaucoup de villages ne disposent pas de mairie au sens architectural du terme.
L’administration est souvent installée dans une maison louée.
Parfois, elle se trouve directement chez le maire.
La conservation des archives (état civil, cadastre, actes administratifs) est alors difficile et aléatoire.
La loi municipale de 1884 change la donne en imposant à chaque commune de posséder un véritable hôtel de ville.
3. 1880‑1890 : la naissance des « petites mairies » du Pays d’Auge
C’est dans cette décennie que la plupart des petites mairies augeronnes sont construites. La France rurale connaît alors une période d’équilibre :
Elle n’est plus dans la grande pauvreté du début du XIXᵉ siècle
Elle n’est pas encore touchée par l’exode rural massif du XXᵉ siècle.
Les communes, aux moyens limités et à la population réduite, choisissent de bâtir des édifices modestes mais adaptés à leurs besoins. La mairie des Monceaux s’inscrit pleinement dans cette dynamique.
4. Une architecture simple, fonctionnelle et emblématique
Les petites mairies du Pays d’Auge suivent un modèle architectural reconnaissable :
Un bâtiment quadrangulaire,
Une façade avec porte centrale encadrée de deux fenêtres,
Un fronton ou une lucarne.
Un toit d’ardoises à quatre pans.
Souvent une cheminée.
Une surface d’environ 35 m², généralement composée d’une seule pièce.
Les matériaux varient selon les ressources locales : pierre, moellon, ciment, et surtout brique, très utilisée dans la région à la fin du XIXᵉ siècle.
5. Un patrimoine communal et démocratique
Ces petites mairies, dont celle des Monceaux, ne sont pas seulement des lieux administratifs. Elles symbolisent :
L’enracinement de la République dans les campagnes.
La volonté des communes rurales de s’organiser malgré des moyens modestes.
Un patrimoine architectural simple mais chargé de sens.
Un lieu de décision, de rencontre et de mémoire collective.
La création des communes remonte à la loi du 14 décembre 1789, adoptée pendant la Révolution française. Cette réforme majeure a instauré une organisation territoriale fondée sur la participation citoyenne et la gestion locale des affaires publiques.
Depuis lors, chaque commune bénéficie d’une autonomie administrative encadrée par des représentants élus. Cette gouvernance repose sur deux piliers :Toute reproduction non autorisée est interdite.
Responsable de la rédaction - publication
F. QUERNET